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L’évangile de la honte (Jn 8, 1-11)

Qui n’a jamais fait ce rêve étrange de se retrouver au milieu d’une foule, qui connaît notre secret le plus inavouable – réel ou fantasmé – qui nous accuse et nous fait honte ? Expression onirique de nos angoisses liées à l’estime de soi, nous diraient peut-être les psychologues, mais situation très réelle pour la femme adultère de l’évangile de ce dimanche.

Mais voici Jésus qui vient la sortir de ce mauvais rêve, en étant le seul à ne pas la fixer du regard. Au contraire, il s’abaisse, pour être certain de ne pas être en position de dominateur, mais de serviteur. Puis, d’en-bas, il fait tomber tous les superbes de leur hauteur par cette phrase : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » Ce n’est pas un déni de justice, c’est une leçon d’humilité.

Reste alors la femme, seule, et Jésus auprès d’elle. Jésus lui donne aussi une leçon, une leçon qui est également pour chacun de nous : ce qu’il lui fait vivre, n’est autre que le sacrement de la réconciliation.

Lorsque nous sommes au confessionnal, nous sommes devant Dieu. Il ne nous regarde pas du haut de sa toute-puissance, au contraire, il s’abaisse jusqu’à notre misère. Celui qui est devant nous, c’est celui que nous contemplons à terre, lorsque nous faisons des chemins de croix les vendredis de carême. Celui qui prend sur lui nos péchés sur la croix.

Ce péché, il n’y a pas à le cacher, il est patent pour Dieu, comme si nous étions pris en flagrant délit comme la femme adultère. En faire l’aveu, c’est alors accepter de nous regarder tels que nous sommes, non pas face à une foule hostile, mais devant celui dont le regard nous relève et la parole nous rend la vie. En effet, lorsque Jésus dit à la femme : « je ne te condamne pas », c’est l’absolution donnée par le prêtre : « et moi, au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, je vous pardonne tous vos péchés. »

A ce moment-là, vient l’effet du sacrement, le grand miracle de guérison intérieure ! Jésus dit « Va, et désormais ne pèche plus. » « Va », c’est Dieu qui dit : « je t’aime et te fais confiance, n’aie pas peur ! ». Quand Jésus dit : « désormais ne pèche plus », ce n’est pas un conseil ni une directive, c’est une parole de création. Celui qui a dit « que la lumière soit », ce qui a suffi à créer la lumière, nous dit « ne pèche plus » ce qui nous donne la force de ne plus pécher. Cela ne va pas à l’encontre de ma liberté, ce qui fait que je pourrai quand même choisir à nouveau le mal si je veux. Chaque absolution reçue dans le sacrement de réconciliation me donne la force de Dieu, pour devenir meilleur. C’est tout le meilleur que je vous souhaite pour ce Carême.

 

+ Père Jean Nielly, prêtre coopérateur